Jody Horcholle

A une époque pas si lointaine, dans les villages, le maire, l’instituteur et le curé inspiraient le respect et la confiance. L’enseignant jouissait de la considération témoignée par l’élève et ses parents. Quelques coups de règles pouvaient effleurer les doigts des enfants, les craies traversaient la salle de classe pour rétablir l’ordre et malgré cela l’enseignant conservait l’estime, des années plus tard, de ses anciens élèves.

Un mot du maître suffisait à faire taire une assemblée. Aujourd’hui, un mot du professeur dans le carnet de liaison et le rectorat est immédiatement saisi, par les parents, pour contester cet acte, si infamant envers leur enfant ! Comment un adulte peut se permettre de reprocher un comportement insolent pendant les cours à leur progéniture si bien élevé ?

Avant, l’élève réprimandé priait pour ne pas prendre une fessée par ses parents, si ces derniers venaient à l’apprendre. Aujourd’hui, l’enseignant prie pour ne pas voir les parents venir le menacer. Le législateur a décidé d’interdire en 2019 les violences éducatives ordinaires ou en d’autres termes la fessée ! Il s’agit d’une violence éducative dont les effets positifs restent improuvés. Les incivilités de la part de jeunes enfants existaient déjà avant son interdiction. Maintenant, les enfants peuvent même aller jusqu’à menacer leurs parents de les dénoncer à la police.

Le rôle du professeur a bien évolué. Sa mission consistait à transmettre le savoir. Aujourd’hui, il devient un animateur dont la tâche consiste à faire émerger les savoirs, les représentations des élèves. L’accès à la connaissance est facilité de nos jours, notamment grâce à l’Internet. Les savoirs sont disponibles et accessibles facilement en ligne, sur Wikipédia par exemple. D’ailleurs, les parents ne s’y trompent pas et considèrent de nos jours les professeurs comme des animateurs de centres aérés ou parfois prennent l’école pour une garderie. L’élève vient quand il veut. Les motifs pour justifier l’absence « la flemme ». Parfois, même les parents répondent au CPE (Conseiller Principal d’Éducation) qu’ils ne leur appartiennent pas de justifier les absences, puisqu’il s’agit de son travail.

L’école devient un supermarché du savoir, avec des enfants devenus des consommateurs d’une prestation de service. Il s’agit d’un service gratuit. Les absences seraient-elles aussi fréquentes si les parents devaient payer ? L’enfant vient au grès de ses désirs. L’enseignant doit s’adapter. Il ne peut rien dire puisque souvent des certificats viennent justifier les absences. Il n’est plus rare d’ailleurs de voir des enfants atteints d’une phobie scolaire.

La bienveillance revient en boucle dans les discours des chefs d’établissements, des inspecteurs et même des ministres. Les enseignants doivent être bienveillants. Il convient de privilégier le dialogue, de discuter avec les familles. L’écoute, l’empathie, la bienveillance représentent des qualités indispensables pour exercer ce métier. La discussion pour trouver des solutions pour préserver les intérêts des élèves est indispensable.

Les enfants en parcourant les réseaux sociaux peuvent lire les commentaires peu élogieux des adultes envers les professeurs. Ces jeunes lecteurs risquent se de faire une représentation assez négative de leurs enseignants. Comment alors leur demander de respecter ces derniers ? D’ailleurs, vu le nombre de critiques à l’égard de cette profession, les jeunes étudiants préféreront sans doute se tourner vers un autre métier. L’Éducation Nationale peine à recruter. Les traitements si peu attractifs, les conditions de travail parfois difficiles, peuvent expliquer le peu d’entrain pour venir passer un des concours proposés par l’Éducation Nationale.

Les parents si enclins à venir lapider les enseignants sur la place publique, se plaindront demain de l’absence du professeur de leurs enfants. Le professeur absent ne sera pas remplacé faute de candidat aux concours. Il est également difficile de recruter des contractuels et donc le niveau de recrutement baisse. Les critiquent fusent sur l’Éducation Nationale. Il faut réformer. Les enseignants sont contre toutes les réformes. Le niveau des élèves baisse. La France se voit perdre des places dans les classements comparant les systèmes éducatifs au niveau mondial. Est-ce la faute des enseignants ? D’abord, perdraient-ils moins de temps en cours si les parents remplissaient leurs principales missions, à savoir l’éducation de leurs enfants ? Ensuite, comment évaluer une réforme si à chaque changement de ministre, celui-ci veut laisser son empreinte et en lance une nouvelle sans avoir pris le temps d’évaluer celle de son prédécesseur ? Les enseignants mettent en œuvre les programmes décidés par le ministère. Ils appliquent les consignes venues du ministre. Il est évident que tout se réalise dans la concertation et sans aucune verticalité avec pour seul objectif la réussite des élèves.

Jody Horcholle

 

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