Jody Horcholle

Depuis le début de l’année, l’école revient régulièrement dans le débat public, avec la même promesse : faire remonter le niveau des élèves. Le diagnostic est posé, et l’objectif est partagé.

Mais à force d’annonces, une impression s’installe : on “resserre” les droits et on durcit le quotidien des enseignants, au lieu de rendre le métier plus attractif et plus soutenable. Si cette direction se confirme, l’ambition de relever le niveau risque de se heurter à une réalité simple : on ne stabilise pas l’école en fragilisant ceux qui la font tenir.

Relever le niveau commence par une école qui tient

Avant toute réforme, le niveau progresse quand il y a de la continuité : des cours assurés, des équipes stables, une organisation lisible, du temps pour enseigner. C’est basique, mais c’est le socle. Quand ce socle se fissure, les progrès deviennent irréguliers et les écarts se creusent.

Une rentrée 2026 plus tendue avec des postes en moins

La préparation de la rentrée 2026 a été marquée par des annonces de suppressions de postes, avec des chiffres ajustés au fil des communications.
Sur le terrain, cela se traduit par une inquiétude très concrète : classes plus chargées, remplacements plus difficiles, et une stabilité des équipes plus fragile — exactement l’inverse de ce qu’il faut pour “remonter le niveau”.

Le temps scolaire est remis sur la table, avec la réduction des vacances d’été

Le Président a relancé le débat des rythmes scolaires, en évoquant l’idée de vacances d’été plus courtes.
Même si ce n’est pas encore une réforme appliquée, rouvrir un chantier aussi lourd bouleverse l’organisation des familles et des établissements. Et cela arrive au moment où l’école est déjà fragilisée.

Les annonces symboliques se multiplient : le téléphone au lycée, vraiment la priorité ?

L’interdiction du téléphone au lycée a aussi été annoncée comme un axe à venir. Or, un cadre existe déjà : la loi de 2018 encadre l’usage du téléphone à l’école, au collège et au lycée, et permet déjà de le restreindre via les règlements intérieurs.
La question n’est pas de nier l’enjeu des écrans, mais de demander ce qui est prioritaire : l’application et les moyens pèsent souvent plus que l’annonce d’un principe supplémentaire.

La rémunération se fragilise : baisse des primes et salaire rendu moins lisible

Quand les primes bougent, ce n’est pas “accessoire” : c’est du revenu réel. Un décret du 13 février 2026 modifie les règles d’attribution de certaines primes et indemnités, en remplaçant la notion générique “d’exercice effectif” par des définitions plus ciblées.
Pour beaucoup d’agents, le message reçu est simple : les primes deviennent plus conditionnées, donc potentiellement plus faciles à perdre — ce qui ressemble à une baisse de salaire.

Les droits familiaux sont remis en cause : moins de jours pour événements familiaux

La réforme des autorisations spéciales d’absence (ASA) avance, avec des pistes qui font craindre une réduction de droits sur des sujets très concrets : enfants malades, garde d’enfants en cas de fermeture, mais aussi certains événements familiaux selon les hypothèses discutées.
Ce n’est pas un détail : quand on retire des jours, on retire une marge de respiration dans la vie quotidienne. Et cela pèse directement sur la capacité à tenir le métier.

La santé devient un sujet de durcissement : congés thérapeutiques et arrêt maladie

Deux éléments marquent fortement.

D’abord, le temps partiel thérapeutique (souvent appelé “congé thérapeutique” dans le débat) : la DGAFP discute de changements, avec l’idée d’un cadrage plus strict, des délais, et un suivi/contrôle renforcés, ce qui a suscité de fortes réactions syndicales.

Ensuite, l’arrêt maladie ordinaire : depuis le 1er mars 2025, les trois premiers mois ne sont plus indemnisés à 100% mais à 90% du traitement indiciaire.
Et, en plus, il y a eu une tentative récurrente de passer à trois jours de carence : des amendements ont été déposés et adoptés au Sénat dans le débat budgétaire 2026, même si la mesure a fait l’objet d’oppositions et de discussions ensuite.

Dans la perception des personnels, l’enchaînement est clair : on baisse l’indemnisation en cas de maladie, et on a voulu rendre la carence plus pénalisante.

Une mutuelle “imposée” : la protection sociale complémentaire bascule en contrat collectif

Autre changement concret en 2026 : la protection sociale complémentaire. Pour les personnels de l’Éducation nationale et des ministères associés, l’État met en place un contrat collectif auquel les agents devront adhérer, avec une prise en charge employeur de 50% de la cotisation ; l’entrée en vigueur est indiquée à partir du 1er mai 2026.
L’objectif affiché est une meilleure couverture, mais le ressenti peut être différent : perte de choix individuel, et inquiétude quand l’offre n’est “pas forcément la plus avantageuse” selon les situations (famille, options, besoins).

Des conditions de travail plus difficiles, avec des agressions plus nombreuses

Enfin, la réalité du terrain pèse lourd : tensions, incidents, agressions. Les données officielles sur les incidents graves montrent que les enseignants sont très souvent concernés lorsqu’il y a des atteintes envers les personnels.
Quand le climat se dégrade, l’attractivité et la motivation baissent — même chez ceux qui aiment leur métier.

La cohérence est la clé, sinon l’objectif devient hors d’atteinte

Mis bout à bout, le fil est lisible : moins de postes, moins de marges sur le temps, primes plus fragiles, droits familiaux réduits, congés thérapeutiques discutés, maladie indemnisée à 90%, tentative de 3 jours de carence, mutuelle obligatoire, pendant qu’on demande de remonter le niveau.

On ne relève pas durablement le niveau sans enseignants recrutés, formés, motivés, et capables de tenir dans la durée. Si la direction reste celle d’une réduction des acquis sociaux et d’un durcissement des conditions de travail, il faudra le dire simplement : cela rendra l’objectif plus difficile, et ce sont les élèves qui en paieront le prix en premier.

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