De l’instituteur au professeur des écoles
Comment le métier d’enseignant du premier degré s’est transformé depuis 1980 : évolution du statut, de la formation, des missions, des outils professionnels et des responsabilités.
🔎 Présentation de l’article
Au début des années 1980, les enseignants des écoles maternelles et élémentaires sont principalement des instituteurs, formés dans les écoles normales et appartenant à un corps de catégorie B.
En 1990, la création du corps des professeurs des écoles marque une transformation importante. Le métier entre dans la catégorie A de la fonction publique, le niveau de recrutement s’élève et la formation devient progressivement plus universitaire.
Cette évolution ne se limite toutefois pas à un changement de titre. Depuis 1980, les missions, les outils, les relations avec les familles, l’inclusion scolaire et le travail en équipe ont également pris une place croissante.
✅ L’essentiel en 30 secondes
Au début des années 1980, les enseignants des écoles primaires sont principalement des instituteurs. Ils appartiennent à un corps de fonctionnaires de catégorie B et sont formés dans les écoles normales.
Le décret du 1er août 1990 crée un nouveau corps de catégorie A : celui des professeurs des écoles. Les nouveaux enseignants sont ensuite recrutés dans ce corps, tandis que les instituteurs en fonction y sont progressivement intégrés.
Cette réforme ne modifie pas immédiatement la réalité quotidienne de toutes les classes. Elle transforme surtout le statut, le niveau de recrutement, la formation et les perspectives de carrière.
📑 Sommaire de l’article
- Un changement de titre, mais aussi de statut
- Être instituteur au début des années 1980
- 1989-1992 : la création du corps des professeurs des écoles
- Une transition progressive entre deux corps
- Ce que le nouveau statut a réellement changé
- Des écoles normales aux INSPÉ
- Ce qui est resté au cœur du métier
- Des missions plus nombreuses et plus formalisées
- Comparaison entre l’instituteur de 1980 et le professeur des écoles
- La réforme du recrutement engagée en 2026
- Les principales idées reçues
- Conclusion générale
🔄 Un changement de titre, mais aussi de statut
Dans le langage courant, les expressions « instituteur » et « professeur des écoles » sont parfois utilisées comme si elles désignaient exactement le même statut.
Les deux métiers ont effectivement un point commun essentiel : enseigner dans les écoles maternelles et élémentaires. Mais ils correspondent à deux corps différents de la fonction publique, créés à des époques différentes et soumis à des règles de carrière distinctes.
Une continuité pédagogique
L’enseignant reste responsable d’une classe, conduit les apprentissages, évalue les élèves et travaille dans une école maternelle ou élémentaire.
Une transformation statutaire
Le professeur des écoles appartient à un corps de catégorie A, alors que le corps des instituteurs était classé en catégorie B.
Une formation plus universitaire
La formation est progressivement passée des écoles normales à des instituts rattachés aux universités, avec une élévation du niveau de diplôme requis.
La distinction essentielle : le passage d’instituteur à professeur des écoles ne correspond pas à un simple changement de nom. Il traduit une transformation du statut, du recrutement, de la formation et du déroulement de carrière.
🏫 Être instituteur au début des années 1980
Au début des années 1980, l’instituteur est la figure centrale de l’école primaire. Il enseigne les différentes disciplines à une même classe et accompagne les élèves pendant l’ensemble de la journée scolaire.
Le métier est déjà polyvalent. L’instituteur enseigne notamment le français, les mathématiques, l’histoire, la géographie, les sciences, l’éducation physique et les activités artistiques.
Les futurs instituteurs sont formés dans les écoles normales. Au début de la décennie, le recrutement s’effectue au niveau du baccalauréat. Le niveau exigé est ensuite progressivement élevé.
- formation professionnelle assurée dans les écoles normales ;
- importance des stages et de la pratique pédagogique ;
- enseignement polyvalent dans une classe ;
- affectation et gestion principalement départementales ;
- corps classé en catégorie B de la fonction publique ;
- droit possible à un logement communal ou à une indemnité représentative de logement.
Le logement des instituteurs constituait une particularité historique. Les communes devaient, sous certaines conditions, mettre un logement à leur disposition ou leur verser une indemnité. Ce droit n’a pas été étendu de manière générale aux professeurs des écoles.
📜 1989-1992 : la création du corps des professeurs des écoles
La loi d’orientation sur l’éducation
La loi du 10 juillet 1989 engage une transformation importante de la formation des enseignants. Elle prévoit la création des instituts universitaires de formation des maîtres, les IUFM.
L’objectif est notamment de rapprocher la formation des enseignants du premier et du second degrés et de renforcer son caractère universitaire.
Création du corps des professeurs des écoles
Le décret du 1er août 1990 crée officiellement le corps des professeurs des écoles. Celui-ci est classé en catégorie A de la fonction publique de l’État.
Le nouveau corps a vocation à remplacer progressivement celui des instituteurs, sans supprimer immédiatement les personnels déjà en poste.
Début des intégrations
Des instituteurs peuvent être intégrés dans le nouveau corps, notamment par l’intermédiaire de listes d’aptitude et de dispositifs prévus par les textes.
Les deux statuts commencent donc à coexister dans les écoles.
Recrutement des nouveaux professeurs des écoles
Les nouveaux enseignants du premier degré sont désormais recrutés comme professeurs des écoles. Les instituteurs déjà titulaires continuent parallèlement leur carrière ou rejoignent progressivement le nouveau corps.
🧭 Une transition progressive entre deux corps
La création du corps des professeurs des écoles n’a pas transformé tous les instituteurs en professeurs des écoles du jour au lendemain. La transition s’est déroulée sur plusieurs années.
Deux catégories d’enseignants ont ainsi travaillé simultanément dans les mêmes écoles, parfois avec des fonctions identiques devant les élèves, mais avec un classement statutaire, une rémunération et des perspectives de carrière différents.
| Situation | Corps d’appartenance | Évolution possible |
|---|---|---|
| Instituteur déjà titulaire en 1990 | Corps des instituteurs | Poursuite de la carrière dans le corps d’origine ou intégration progressive dans celui des professeurs des écoles. |
| Nouveau candidat au début des années 1990 | Corps des professeurs des écoles | Recrutement par le concours de professeur des écoles après la mise en place du nouveau dispositif. |
| Instituteur intégré | Corps des professeurs des écoles | Reclassement selon les règles prévues par le statut particulier. |
| Instituteur restant dans son corps | Corps des instituteurs en voie d’extinction | Maintien des règles propres à ce corps jusqu’au départ ou à une éventuelle intégration. |
Une coexistence durable : pendant de nombreuses années, des instituteurs et des professeurs des écoles ont exercé les mêmes fonctions pédagogiques dans les mêmes établissements, tout en appartenant à deux corps différents.
⚖️ Ce que le nouveau statut a réellement changé
Le changement principal concerne le classement du nouveau corps dans la fonction publique. Les professeurs des écoles sont des fonctionnaires de catégorie A.
Cette évolution rapproche leur carrière de celle des enseignants certifiés du second degré, même si les fonctions exercées et les règles d’affectation restent différentes.
📈 Une carrière revalorisée
Le nouveau corps bénéficie d’une grille indiciaire et de possibilités d’avancement correspondant à la catégorie A.
- classe normale ;
- accès possible à la hors-classe ;
- création ultérieure de la classe exceptionnelle ;
- progression par échelons et par grades.
🎓 Un recrutement plus diplômé
Le niveau d’études exigé pour accéder au concours a été relevé à plusieurs reprises.
- baccalauréat au début des années 1980 ;
- bac + 2 à partir du milieu des années 1980 ;
- licence avec la création du corps des professeurs des écoles ;
- master à partir de la mastérisation ;
- nouveau concours externe accessible au niveau bac + 3 depuis 2026.
🏠 La fin du droit général au logement
Le statut de professeur des écoles ne reprend pas le droit historique au logement ou à l’indemnité représentative de logement réservé aux instituteurs.
🗺️ Un recrutement académique
Le concours de recrutement des professeurs des écoles est organisé par académie. Après réussite, l’affectation intervient dans un département de l’académie de recrutement.
Catégorie A ne signifie pas changement de niveau d’enseignement. Le professeur des écoles continue principalement à exercer dans les écoles maternelles et élémentaires.
🎓 Des écoles normales aux INSPÉ
Les écoles normales
Les écoles normales assurent la formation des instituteurs. Elles associent enseignements généraux, formation pédagogique et stages dans les écoles.
Elles sont fortement inscrites dans l’organisation départementale de l’enseignement primaire.
Les instituts universitaires de formation des maîtres
Les IUFM remplacent progressivement les écoles normales. Ils sont rattachés aux universités et forment les enseignants du premier degré, du second degré et les personnels d’éducation.
La formation des professeurs des écoles s’inscrit désormais davantage dans l’enseignement supérieur.
La mastérisation
La réforme élève le recrutement des enseignants au niveau du master. Les futurs professeurs doivent désormais être titulaires ou en cours d’obtention d’un diplôme de niveau bac + 5, selon les règles applicables aux différentes sessions.
Cette réforme renforce le niveau universitaire du recrutement, mais modifie profondément l’équilibre entre préparation du concours, formation professionnelle et stages.
Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation
Les ESPE remplacent les IUFM. Elles organisent notamment les masters « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation », appelés masters MEEF.
La formation doit associer savoirs disciplinaires, didactique, pédagogie, recherche et expérience professionnelle.
Les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation
Les ESPE deviennent les INSPÉ. Ces instituts demeurent intégrés aux universités et participent à la formation initiale et continue des enseignants.
Une nouvelle organisation du recrutement
Le concours externe du professorat des écoles devient accessible au niveau bac + 3. Pendant la période transitoire, des concours externes à bac + 3 et à bac + 5 coexistent.
Une licence « Professorat des écoles » est créée à partir de la rentrée 2026 et le parcours post-concours doit se poursuivre dans une formation professionnalisante.
Une évolution continue : depuis 1980, la formation des enseignants du premier degré s’est progressivement rapprochée de l’université. Le niveau académique exigé a augmenté, tandis que l’organisation de la formation professionnelle a été plusieurs fois réformée.
🧑🏫 Ce qui est resté au cœur du métier
Malgré les changements de statut et de formation, plusieurs caractéristiques essentielles du métier sont restées stables.
- enseigner dans une école maternelle ou élémentaire ;
- prendre en charge une classe ou un groupe d’élèves ;
- enseigner plusieurs disciplines ;
- organiser la progression des apprentissages ;
- évaluer régulièrement le travail des élèves ;
- aider les élèves rencontrant des difficultés ;
- assurer le suivi de leur scolarité ;
- participer au fonctionnement collectif de l’école.
La polyvalence demeure une caractéristique centrale. Contrairement à la plupart des enseignants du second degré, le professeur des écoles enseigne plusieurs disciplines et doit assurer la cohérence des apprentissages tout au long de la journée et de la semaine.
🧩 Des missions plus nombreuses et plus formalisées
Le métier d’instituteur comprenait déjà la préparation des cours, les corrections, les relations avec les familles et la participation à la vie de l’école.
Depuis les années 1980, certaines de ces missions ont toutefois été davantage formalisées, tandis que de nouvelles exigences sont apparues ou ont pris une place plus importante.
🤝 Le travail en équipe
- conseils des maîtres ;
- conseils de cycle ;
- harmonisation des progressions ;
- élaboration du projet d’école ;
- coopération avec la direction et les partenaires.
🧩 L’école inclusive
- adaptation des supports ;
- suivi des projets personnalisés de scolarisation ;
- coopération avec les AESH ;
- participation aux équipes de suivi ;
- prise en compte de besoins éducatifs variés.
👨👩👧👦 Les relations avec les familles
- réunions collectives ;
- entretiens individuels ;
- transmission des résultats ;
- suivi des difficultés ;
- communication numérique.
💻 Les outils numériques
- messagerie professionnelle ;
- livret scolaire unique ;
- ressources et supports numériques ;
- évaluations et saisies en ligne ;
- communication avec l’institution.
📊 Le suivi et l’évaluation
- évaluations de classe ;
- évaluations nationales ;
- analyse des résultats ;
- remédiation et différenciation ;
- renseignement des bilans scolaires.
📚 La formation continue
- animations pédagogiques ;
- actions de formation ;
- appropriation des nouveaux programmes ;
- actualisation des pratiques ;
- développement professionnel continu.
Une évolution à nuancer : toutes ces tâches ne sont pas entièrement nouvelles. Plusieurs existaient déjà sous des formes différentes. Leur cadre réglementaire, leur fréquence, leurs outils et leur degré de formalisation ont cependant évolué.
📊 Comparaison entre l’instituteur de 1980 et le professeur des écoles
| Élément comparé | Instituteur au début des années 1980 | Professeur des écoles en 2026 |
|---|---|---|
| Corps | Corps des instituteurs | Corps des professeurs des écoles |
| Catégorie de la fonction publique | Catégorie B | Catégorie A |
| Lieu principal d’exercice | École maternelle ou élémentaire | École maternelle ou élémentaire |
| Nature de l’enseignement | Enseignement polyvalent | Enseignement polyvalent |
| Formation | École normale | Formation universitaire et professionnelle |
| Niveau de recrutement | Baccalauréat au début de la période | Concours externe accessible au niveau bac + 3 depuis 2026, avec une période transitoire |
| Logement | Droit possible à un logement communal ou à une indemnité représentative de logement | Pas de droit général équivalent attaché au statut de professeur des écoles |
| Temps devant les élèves | 27 heures par semaine | 24 heures par semaine |
| Missions annualisées | Pas de dispositif comparable aux 108 heures actuelles | 108 heures annuelles réglementaires |
| Inclusion scolaire | Cadre moins développé et moins formalisé | PPS, coopération avec les AESH, équipes de suivi et adaptations pédagogiques |
| Outils professionnels | Cahiers, manuels, fiches, machine à écrire, duplicateur et photocopieur | Outils papier et numériques, LSU, messagerie, applications et plateformes |
| Relations avec les familles | Présentes, mais sans les outils numériques actuels | Réunions, entretiens, cahiers, messagerie et outils de suivi |
Le constat principal : le cœur pédagogique du métier demeure reconnaissable, mais son environnement statutaire, universitaire, administratif, numérique et partenarial s’est profondément transformé.
🎓 La réforme du recrutement engagée en 2026
Depuis la session 2026, le concours externe de recrutement de professeurs des écoles est accessible aux candidats titulaires d’un diplôme de niveau bac + 3.
Une période transitoire permet aux candidats déjà engagés dans un master de continuer à se présenter à un concours externe organisé selon les règles antérieures.
À partir de la rentrée universitaire 2026, une licence spécifique « Professorat des écoles » doit constituer une voie de référence pour préparer le métier et le nouveau concours.
Une licence pluridisciplinaire
La licence doit consolider les connaissances en français, en mathématiques et dans les différents domaines enseignés à l’école primaire.
Une découverte progressive du métier
Le parcours prévoit des stages d’observation et de pratique accompagnée afin de rapprocher plus tôt la formation de la réalité des écoles.
Une formation après le concours
Les lauréats poursuivent leur formation dans un parcours professionnalisant associant enseignements, stages et analyse des pratiques.
Le retour du concours au niveau bac + 3 ne signifie pas que la formation s’arrête à la licence. Le concours intervient plus tôt dans le parcours, mais il est suivi d’une formation universitaire et professionnelle destinée à préparer l’exercice du métier.
💡 Les principales idées reçues
Les deux corps ont des missions pédagogiques proches, mais un statut, un classement et des règles de carrière différents.
L’intégration a été progressive. Les deux corps ont coexisté pendant de nombreuses années.
L’enseignement polyvalent dans les écoles est resté au cœur du métier, même si son environnement s’est profondément transformé.
Ils étaient formés dans les écoles normales, qui associaient enseignements et stages dans les classes.
Il exerce un métier polyvalent et doit enseigner l’ensemble des domaines prévus par les programmes de l’école primaire.
La réforme place le concours plus tôt, mais prévoit ensuite une formation universitaire et professionnelle.
✅ Conclusion générale
Depuis 1980, l’enseignant du premier degré est passé du statut d’instituteur, classé en catégorie B et formé dans une école normale, à celui de professeur des écoles, fonctionnaire de catégorie A formé dans un cadre universitaire.
La création du nouveau corps en 1990 a entraîné une transformation progressive. Les instituteurs en poste n’ont pas tous changé immédiatement de statut et les deux corps ont longtemps coexisté.
Dans le même temps, la formation a connu plusieurs organisations : écoles normales, IUFM, ESPE puis INSPÉ. Le niveau de recrutement a été élevé jusqu’au master avant que la réforme engagée en 2026 ne replace le concours externe au niveau de la licence, tout en maintenant une formation professionnelle après sa réussite.
Le métier a également intégré des missions plus nombreuses ou plus formalisées : travail en équipe, inclusion, suivi individualisé, relations avec les familles, outils numériques et formation continue.
Le bilan : l’instituteur de 1980 et le professeur des écoles de 2026 partagent une même mission fondamentale : faire apprendre les élèves de l’école primaire. Mais le statut, la formation, la carrière, les outils et l’organisation du travail ont profondément évolué en quarante-cinq ans.
📚 Sources principales
- Loi n° 89-486 du 10 juillet 1989 d’orientation sur l’éducation .
- Décret n° 90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles .
- Vie publique, « Des instituteurs aux professeurs des écoles : la formation des maîtres » .
- Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République .
- Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation .
- Loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance .
- Ministère de l’Éducation nationale, « Enseigner de la maternelle à l’élémentaire : le CRPE » .
- Ministère de l’Éducation nationale, « La réforme de la formation initiale des professeurs » .
- Code de l’éducation, dispositions relatives au logement des instituteurs .

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