ÉDUCATION • RÉFLEXION

École : derrière les revendications lycéennes, des questions bien plus complexes

Moyens, personnels, orientation, Parcoursup, rythmes scolaires :
plusieurs revendications méritent d’être entendues.
Encore faut-il regarder l’ensemble des conséquences et dépasser les slogans.


Plusieurs revendications exprimées par les lycéens méritent d’être entendues.

Elles soulèvent de vraies questions sur l’état de l’École, ses moyens,
son organisation et son avenir. Encore faut-il examiner chaque sujet
dans sa globalité, au-delà des slogans.

🏫 Rénover les lycées, certainement. Les dégrader, sûrement pas.

La rénovation des lycées constitue une nécessité dans de nombreux établissements.
Des bâtiments vieillissent et nécessitent parfois d’importants travaux.


Une évidence mérite toutefois d’être rappelée :

dégrader, casser ou incendier des locaux ne peut améliorer la situation.

Chaque euro consacré à réparer des destructions volontaires est un euro
qui ne pourra pas financer la rénovation, la modernisation ou l’équipement
d’autres établissements.

👩‍🏫 Recruter ne suffit pas : encore faut-il attirer et conserver les personnels

La question des personnels mérite également davantage de nuance.
Les besoins ne sont pas identiques selon les disciplines,
les académies ou les établissements. Le problème tient donc autant
au recrutement qu’à la répartition et à l’attractivité des postes.

Dans les lycées confrontés régulièrement aux violences,
aux insultes ou aux incivilités, les difficultés de recrutement
et de fidélisation ne peuvent surprendre.

Les enseignants les plus jeunes y sont parfois affectés faute
d’ancienneté suffisante pour obtenir un autre poste,
puis cherchent à partir dès qu’une possibilité se présente.

Qui peut réellement s’étonner qu’un établissement perde son attractivité
lorsque venir travailler signifie risquer insultes, menaces ou agressions ?

Le comportement des élèves doit évidemment entrer dans la réflexion,
tout comme l’attitude de familles qui contestent parfois systématiquement
l’autorité de l’institution scolaire.

Améliorer l’attractivité de ces établissements suppose aussi
de garantir aux personnels des conditions de travail
et de sécurité acceptables.

🩺 Jusqu’où doit s’étendre la mission de l’École ?

Le manque de médecins scolaires, d’infirmiers ou de psychologues
pose une autre question : jusqu’où doit s’étendre la mission de l’École ?

Si la société souhaite lui confier davantage de responsabilités
en matière de santé, de prévention et de bien-être des jeunes,
les moyens humains et financiers devront nécessairement suivre.

🧭 L’orientation, un défi majeur

L’orientation représente également une difficulté majeure.
Trop de jeunes se retrouvent dans une formation qu’ils n’ont
pas réellement choisie.

Une meilleure orientation suppose toutefois de mieux connaître les métiers,
d’élargir les choix possibles et parfois d’accepter de quitter
son environnement habituel.


Toutes les formations ne peuvent se trouver à quelques kilomètres du domicile.

🎓 Parcoursup : la question ne se limite pas au nombre de places

Concernant Parcoursup, la sélection est malheureusement devenue
difficilement évitable lorsque le nombre de candidats dépasse
largement celui des places disponibles.

Le véritable sujet réside aussi dans le niveau à l’entrée
dans l’enseignement supérieur.

L’obtention du baccalauréat ne garantit plus nécessairement
la maîtrise des connaissances, de l’autonomie et de la méthodologie
indispensables pour réussir à l’université ou en BTS.

Créer davantage de places n’a de sens que si les jeunes disposent
également des moyens de réussir leur formation.

Créer toujours davantage de places ne résoudra donc rien si
les élèves ne disposent pas du niveau nécessaire pour suivre
les formations proposées.

La même logique vaut pour les masters : augmenter leur nombre
sans tenir compte des débouchés professionnels risquerait simplement
de repousser de quelques années l’entrée dans le chômage.

⏰ Rythmes scolaires : attention aux comparaisons trop simples

La référence aux pays du nord de l’Europe revient régulièrement :
commencer à 9 heures, terminer vers 16 heures
et réduire les vacances scolaires.

Dans les pays du nord de l’Europe, toute la société
est organisée autour de ce modèle.

Les horaires de travail, les transports, les modes de garde
et l’organisation familiale forment un tout cohérent.

Il paraît donc difficile d’extraire uniquement les horaires scolaires
de ce modèle et de les transposer en France en espérant obtenir
les mêmes résultats.

🏖️ Réduire les vacances : quelles conséquences ?

Réduire fortement les vacances scolaires aurait également
de nombreuses conséquences.


👨‍👩‍👧 Garde alternée

Qu’en serait-il des parents séparés et des familles recomposées
qui organisent leur vie autour des périodes de vacances ?

🚗 Familles éloignées

Des périodes suffisamment longues sont souvent nécessaires
lorsque les familles vivent loin les unes des autres.

🏨 Tourisme

Le calendrier scolaire constitue également un enjeu économique
important pour de nombreux territoires.

📚 Travail des enseignants

Préparation, corrections, réunions, projets et suivi pédagogique
occupent également une partie des périodes sans élèves.

Les familles continueront à partir. Des absences pendant les périodes
scolaires pourraient même devenir plus fréquentes si les périodes
de vacances deviennent trop courtes.

Le travail des enseignants ne se limite par ailleurs pas aux heures
effectuées devant les élèves. Préparation des cours, corrections,
réunions, projets pédagogiques et suivi des jeunes représentent
une part importante de leur activité, y compris pendant
les vacances scolaires.

Une augmentation du nombre de semaines de présence poserait
nécessairement la question de
l’organisation et de la compensation de ce temps supplémentaire.

🕘 Commencer à 9 h et terminer à 16 h : qui devra s’adapter ?

En maternelle et en primaire, une grande partie des parents commence
sa journée professionnelle avant 9 heures et la termine après 16 heures.

Il faudrait donc développer les accueils périscolaires
du matin et du soir.

Reste une question essentielle : qui en supporterait le coût ?

Au collège et au lycée, particulièrement dans les territoires ruraux,
modifier l’horaire des cours ne signifie pas que les transports scolaires
pourront automatiquement multiplier les rotations.

Les élèves dépendant du bus risquent donc de continuer
à partir tôt de leur domicile ou à rentrer tard.

Réduire les vacances signifierait également davantage de jours
de transport scolaire à financer pour les collectivités
et davantage de déplacements professionnels pour les personnels
travaillant loin de leur domicile.

😴 Commencer plus tard signifie-t-il réellement dormir davantage ?

L’argument du sommeil mérite lui aussi d’être relativisé.
Commencer une heure plus tard ne signifie pas nécessairement
dormir une heure de plus.

Beaucoup de jeunes risquent simplement de décaler leur heure de coucher.

Réduire parallèlement les vacances diminuerait également
les véritables périodes de récupération.

Six semaines consécutives de cours représentent déjà une période longue
pour de nombreux élèves.

Passer régulièrement à sept ou huit semaines sans véritable coupure
pourrait finalement accentuer la fatigue au lieu de la réduire.

Réformer l’École exige une vision d’ensemble

Réformer les rythmes scolaires peut évidemment se discuter.
Une telle réforme doit simplement intégrer toutes ses conséquences :
élèves, familles, enseignants, transports, collectivités,
tourisme, garde des enfants et organisation du travail.


L’École ne fonctionne pas isolément du reste de la société.

Modifier profondément son organisation implique nécessairement
d’adapter tout ce qui l’entoure.

😉 Et finalement…

Si la journée de 9 h à 16 h devait finalement
se traduire par moins d’heures passées au lycée, les élèves
disposeraient au moins de davantage de temps pour leur téléphone
à la maison… alors que l’interdiction du téléphone au lycée
semble déjà susciter quelques protestations.

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